« Ô vous ! formes et couleurs caressées par la lumière, chantez pour moi, et permettez que je vous immortalise ! »


Le 16 juillet 1890 arrivait à Concarneau, par mauvais temps, Charles Fromuth, qui «découvre la Bretagne sous son aspect le plus dense: le ciel près de la terre et sous une pluie fine et continuelle». Le temps ne se découvrit que quelques jours plus tard, et ce fut pour lui une révélation. Cet Américain de Philadelphie avait 32 ans. Il était venu compléter ses études d’art en France, fuyant l’académisme américain, dans l’espoir d’y découvrir les secrets de l’impressionnisme. Il vit très peu d’impressionnistes et fut déçu, mais il s’enthousiasma pour l’art japonais découvert à l’Exposition Universelle. Son œuvre s’en trouva marquée à jamais.
Ce qu’il vit à Paris, ce qu’il y vécut, lui donna envie d’aller voir ailleurs. Une peinture vue, dit-il, dans sa jeunesse: « La route de Concarneau » par Picknell, un roman décrivant la vie d’un peintre américain à Concarneau : »Guenn de Blanche Howard, et l’encouragement de quelques amis le décidèrent. Il partit pour la Bretagne. A cette époque, de nombreux artistes l’avaient précédé et les trois points d’attraction étaient Pont-Aven, Douarnenez et Concarneau. Il choisit Concarneau. Il y est immédiatement séduit par ce petit port de pêche animé de centaines de sardiniers et de thoniers. Le site est pittoresque et vivant, la lumière délicate et changeante. Tout est mouvement. La vie est peu chere et les Bretons accueillants. Il s’y installe. Il va pouvoir vivre là «modestement, calmement, sainement, solitaire et paisible – la vie d’artiste – en étroite communion avec soi-même et avec la nature». Il y restera 47 ans, jusqu’à sa mort.
Quelques rares voyages aux Etats-Unis à l’occasion d’expositions de ses œuvres, quelques excursions touristiques, l’Italie et la Suisse, quand de bonnes ventes le lui permettent, suffiront à sa curiosité. Au quotidien, Fromuth est un homme réglé. On rapporte que l’on pouvait donner l’heure le soir, en voyant passer Fromuth allant au café ou il retrouvait ses amis peintres. Ceux-ci sont américains, russes, néozélandais, français, suédois, à l’image de la colonie cosmopolite qui s’est installée là, à la belle saison surtout. Il participe aussi à la vie de sa ville d’adoption. Au moment de la crise sardinière, lorsque les artistes organisent une grande fête de charité, Fromuth est présent.
